Publié le 2025-10-26 18:00:01
« L’Agonie des Chaînes »
Dimbokro Poulo Condor
La ronde des hyènes autour des cimetières
La terre gorgée de sang les képis qui ricanent
Et sur les routes le grondement sinistre des charrettes de haine
Je pense au Vietnamien couché dans la rizière
Au forçat du Congo frère du lynché d’Atlanta
Je pense au cheminement macabre du silence
Quand passe l’aile d’acier sur les rires à peine nés
Dimbokro Poulo Condor
Ils croyaient aux chaînes qui étranglent l’espoir
Au regard qu’on éteint sous l’éternelle sueur
Pourtant c’est le soleil qui jaillit de nos voix
Et des savanes aux jungles
Nos mains crispées dans l’étreinte du combat
Montrent à ceux qui pleurent des éclats d’avenir
Dimbokro Poulo Condor
Entendez-vous bruire la sève souterraine
C’est la chanson des morts
La chanson qui nous porte aux jardins de la vie.
David Diop
Analyse du poème « L’Agonie des Chaînes » de David Diop
Introduction
Poète emblématique de la négritude et de la décolonisation, David Diop fait de sa poésie une arme de combat contre l’oppression et l’aliénation des peuples noirs. Dans son poème « L’Agonie des Chaînes », il évoque à la fois la douleur des peuples soumis et la force renaissante de leur espoir. Par un langage à la fois lyrique et révolté, le poète transforme la souffrance collective en une énergie vitale et libératrice.
I. Une évocation tragique de la souffrance et de la violence
Le poème s’ouvre sur un tableau macabre : « La ronde des hyènes autour des cimetières / La terre gorgée de sang ». Ces images animales et sanglantes traduisent la barbarie de la colonisation et de la guerre. Les « képis qui ricanent » incarnent la cruauté des oppresseurs, tandis que les « charrettes de haine » évoquent le cortège des injustices et des morts.
Diop inscrit cette douleur dans une dimension universelle : « le Vietnamien couché dans la rizière », « le forçat du Congo », « le lynché d’Atlanta ». En associant différents peuples opprimés, il souligne la fraternité dans la souffrance et la solidarité des luttes contre toutes les formes de domination.
II. La dénonciation de l’oppression et le refus de la résignation
Par l’expression « Ils croyaient aux chaînes qui étranglent l’espoir », le poète dénonce la soumission imposée et la foi aveugle dans la fatalité. Le regard que « l’on éteint sous l’éternelle sueur » symbolise la déshumanisation, le travail forcé et l’effacement de la dignité humaine.
Cependant, Diop ne s’enferme pas dans le désespoir. Le poème est traversé d’un souffle de résistance. L’espoir renaît dans « le soleil qui jaillit de nos voix ». Cette métaphore lumineuse exprime la force de la parole, de la révolte et de la conscience collective. Le poète rappelle que la libération ne viendra pas du ciel, mais du courage des hommes eux-mêmes.
III. La renaissance et l’espérance des peuples
La dernière strophe marque une élévation : « Entendez-vous bruire la sève souterraine ? / C’est la chanson des morts ». Les morts deviennent source de vie. Leur sacrifice alimente la « sève » qui nourrit l’avenir. La mort n’est plus une fin, mais un passage vers la renaissance.
Ainsi, le poème se clôt sur une image d’espérance : « la chanson qui nous porte aux jardins de la vie ». Diop transforme la tragédie en force vitale. L’Afrique, et au-delà, l’humanité opprimée, retrouve sa voix et son avenir grâce à la mémoire de ses martyrs.
Conclusion
À travers « L’Agonie des Chaînes », David Diop livre un poème à la fois funèbre et porteur d’espérance. Il unit la mémoire des souffrances coloniales à un chant de libération et de dignité. Par la puissance de ses images et la portée universelle de son message, il fait de la poésie un acte de résistance et un appel à la vie.
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